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Le journal de la Paroisse Sts Pierre et Paul

 


Miracle à Amettes ?

 

1940, dans le Nord de la France, la population vit sous l’occupation allemande, notamment le village d’Amettes.
Une petite fille de 13 ans passe devant la maison de St Benoît et surprend une conversation entre 4 allemands et un paysan du coin, comme ils le dénommèrent. Ceux-ci veulent loger leurs 4 chevaux dans la maison du saint. Le rural leur déconseille car cela ne se fait pas, il y aurait un manque de respect. Mais les allemands n’en ont cure. Ils ont traversé et essuyé leurs bottes sur la Pologne, la Tchécoslovaquie, la Hollande, la Belgique et ils ne vont pas s’arrêter devant cette bâtisse, par respect. Le respect, c’est à eux qu’on le doit, eux les vainqueurs et les dieux sont avec eux. D’ailleurs, en ce moment même, leurs enfants n’apprennent-ils pas, en chantant et en martelant du pied en classe sous la baguette de leur professeur, qu’il n’y a qu’un seul dieu, qu’il se trouve à Berlin et que c’est leur führer ?
Fort de tous ces éléments en leur faveur, ils décident, suivant leur première idée, de descendre vers la demeure. Arrivé au milieu de la prairie, les chevaux s’arrêtent. Les allemands se regardent, ne comprennent pas et obstinés comme tout homme l’est, ils frappent de leurs talons les flancs arrières des chevaux pour les faire avancés, jurent dans toutes les langues des grossièretés non retranscrites ici, en appellent au bon Dieu même dans des termes peu courtois mais rien n’y fait, les chevaux n’avancent plus d’un sabot et se mettent plutôt à hennir, à piaffer, à ruer comme des diables dans l’eau bénite.
Devant cet état de fait après quelques minutes, les allemands décident de rebrousser chemin, l’air tout penaud sans rien dire comme des pécheurs revenant bredouille, tandis que les chevaux se calment en remontant conscients que ce gîte ne leur convenait pas.
Certes, ce ne fut pas la fuite en Égypte pour les allemands mais souhaitons qu’ils trouvèrent une autre crèche en ayant un peu plus d’humilité .
Voilà ce qui s’est passé il y a 65 ans, dans le petit village d’Amettes. La petite fille, qui avait été baptisée dans le même baptistère que Benoît Labre, a grandi, est rentrée à 17 ans chez les Augustines où elle y est restée une quinzaine d’années avant de partir en 1958 chez les moniales de Belval dont la fondation avait été mise sous le patronage de …St Benoît !
Aujourd’hui, elle prend un peu de repos dans un de nos établissement de Bruay, avant de repartir à son Abbaye de Belval. Et c’est avec le sourire que Sœur Clémence m’a rapporté ce fait qui était encore très présent dans son cœur. « St Benoît a protégé sa maison » conclura-t-elle. Lui, le vagabond des rues, le misérable a concéder la première défaite du IIIe Reich allemand, rien que pour la plus grande gloire de Dieu.
Mais cette petite histoire quelque peu troublante retrouve son équivalent dans la Bible au Livre des Nombres 22, 22-35 :
Balaam est monté sur son ânesse pour se diriger vers Jéricho malgré le refus de Dieu. L’ânesse, en cours de route, quitte le chemin pour traverser les champs. Balaam la frappe mais rien n’y fait. Plus loin, l’ânesse qui se trouve sur un sentier bordé de chaque côté par un mur se presse contre l’un d’eux égratignant la jambe de Balaam qui furieux la bat de nouveau. En aval du sentier, où celui-ci était plus resserré et ne laissant aucun espace pour se détourner à droite ou à gauche, l’ânesse s’arrête et se couche car devant elle, se dresse pour la troisième fois l’ange de l’Eternel qui était prêt à frapper mortellement Balaam pour sa désobéissance à Dieu.
Qu’ont-ils ressenti les chevaux des allemands ?, nous ne le saurons jamais mais l’intervention de Dieu, de St Benoît ou divine n’y est probablement pas étranger.
J. V.